L’histoire du roi Kabouc

Dans une contrée lointaine, derrière l’horizon, sur un continent appelé imagination, vivait un roi qui gouvernait son pays depuis plus de vingt ans.

Il affamait son peuple, créant sans cesse de nouveau impôts dans les seuls buts de vivre dans l’opulence et de s’enrichir chaque jour davantage.
Il régnait ainsi dans la population une atmosphère de ras-le-bol, et depuis quelque temps, un vent de révolte soufflait sur le pays tout entier. Le roi, s’inquiétant de l’évolution des choses, sentait son trône vaciller chaque jour davantage.


Il fit alors appeler ses conseillers, s’entretint longtemps avec eux, mais ne put entrevoir la moindre possibilité d’éviter une révolution.
A la fin de la séance, un petit homme, qui n’avait dit mot durant les débats, s’adressa au roi en ces termes : « Sire, j’ai peut-être une solution, mais laissez-moi y travailler durant trois jours avant de vous l’exposer. Je vous demanderai, en échange et si ma proposition vous séduisait, de devenir votre conseiller personnel. »

Le roi n’ayant d’autre alternative, accepta le marché, curieux de connaître cette solution miraculeuse.
Trois jours plus tard, le petit homme revint voir le roi pour lui exposer comme promis son plan de bataille : « Sire, nous allons donner au peuple le droit de vote, afin qu’il choisisse lui-même son dirigeant, son gouverneur. »
Le roi, n’en croyant pas ses oreilles, sursauta et demanda à son interlocuteur s’il n’était pas devenu fou. Voyant ainsi ses espoirs s’envoler, il commençait maintenant à s’irriter, lorsque le petit homme reprit :
« Sire, Sire, je vous en prie, laissez-moi terminer mon exposé, et vous pourrez le juger dans sa globalité. »
Le roi ordonna de continuer.
« Sire, nous allons engager officieusement deux experts dans l’art de manier la parole, deux hommes bien en vue qui ont grand pouvoir de convaincre et de guider les foules. Ils présenteront deux tendances politiques opposées, afin de
diviser la population. Ils feront grand bruit et de beaux discours aux quatre coins du pays, n’étant d’accord que sur un seul point, celui de donner le droit de vote au peuple.
Très vite ils seront écoutés, puis suivis, nous n’aurons ainsi qu’à attendre le moment propice pour nous déclarer en faveur d’une démocratie.
Le peuple votera donc, choisira l’un ou l’autre des candidats, et ainsi, lorsqu’il en aura assez, il votera pour son concurrent.
Le Gouverneur étant élu pour sept ans, cela vous laissera, Sire, deux ou trois mandats pendant lesquels les mouvements de la population seront contenus et, si ça n’allait pas comme le peuple le désire, il n’aura à s’en prendre qu’à lui-même.
Il est bien entendu que ces deux meneurs seront commandés et dirigés officieusement par nous, grassement payés et vite remplacés s’ils n’obéissent plus. Présentés en permanence comme deux ennemis, ils focaliseront les pensées de haine, de changement et de révolte du peuple et deviendront leurs boucs émissaires.
Pendant ce temps-là, vous gouvernerez à travers eux sans apparaître vraiment, gardant tous les avantages et peu d’inconvénients.
Et dans le cas où il y aurait un troisième meneur qui surgirait de je ne sais où, il serait contacté afin de marcher avec nous. Dans le cas contraire, il serait éliminé.
Etant le premier roi qui aura donné au peuple le droit de s’exprimer, vous rentrerez dans la légende et votre nom sera béni pendant des générations.
Régnant sans gouverner, plus personne ne vous reprochera quoi que ce soit, le gouverneur servant de fusible. Il vous suffira de jeter de temps en temps quelques miettes, pour qu’ils vous respectent et vous aiment. Le tout dans un climat psychologique de crise, sans précédent.
Voilà, Sire, nous verrons pour les détails en s’adaptant au fur et à mesure. Tel sera mon rôle et mon travail. »
Le roi tint parole et fit du petit homme son conseiller personnel. Il continua à régner pendant longtemps encore et son fils, qui fut couronné roi à son tour, suivit les mêmes principes, les améliorant et les adaptant régulièrement.
Le nom de son père orne encore tous les monuments, il fut le bienfaiteur du peuple.
Personne n’entrevit jamais ce qui se passait dans l’ombre, derrière les apparences trompeuses, et la famille royale continua à s’enrichir. Quant au peuple, il continua à vivre dans la misère sans jamais se révolter car il pensait être libre et en démocratie.
Peu après son couronnement, le nouveau roi octroya au peuple le droit d’acquérir la terre qu’il cultivait, en échange d’une taxe de 15 % sur la récolte, ce qui porta le montant de l’impôt à 65 % des revenus de tous. Désormais, il n’y aura plus de révolte, car la peur de perdre la terre si difficilement acquise restera présente dans tous les esprits.
Voilà comment réduire en esclavage un peuple, tout en lui laissant croire qu’il fait route vers la liberté, vers l’amélioration de sa condition.
Cette fiction peut, sur beaucoup de points, se rapprocher de la vérité dans notre pays, à une époque où le mot liberté est sur toutes les lèvres.
Que chacun en tire ses propres leçons et arrive à ses propres conclusions !
Nos choix sont souvent illusoires, qu’une variante de la forme. Quant au fond, lui, il ne changera que lorsque nous aurons appris à voir derrière les apparences. Essayons de découvrir la partie immergée de l’iceberg, la face cachée des choses. A travers ce que l’on nous dit, découvrons ce que l’on veut nous cacher, par déduction, par opposition. Les indices sont nombreux, le puzzle va se reconstituer avec un peu de patience et beaucoup de travail sur soi. Notre coeur ne peut être trompé ni abusé longtemps. Déjà nous pressentons une autre version des événements. La vérité apparaîtra bientôt dans toute sa puissance aux yeux de tous ceux qui auront appris à user de discernement en toutes circonstances.

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