Georges Orwell : 1984

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1984 (Nineteen Eighty-Four) est le plus célèbre roman de George Orwell, écrit en 1948 et publié l’année suivante.

Le roman devait s’appeler à l’origine The Last Man in Europe (Le Dernier Homme en Europe), ou encore 1949, l’année de sa parution, mais Orwell se vit opposer un refus de la part de son éditeur. Il le renomma ensuite 1984, en inversant les chiffres correspondant à la date d’écriture (1948), et donna une dimension plus futuriste au récit afin qu’il choque moins ses contemporains.

1984 est communément considéré comme une référence du roman d’anticipation, de la dystopie, voire de la science-fiction en général. La principale figure du roman, Big Brother, est devenue une figure métaphorique du régime policier et totalitaire, ainsi que de la réduction des libertés. En 2005, le magazine Time a d’ailleurs classé 1984 dans sa liste des 100 meilleurs romans et nouvelles anglaises de 1923 à nos jours, liste où se trouve La Ferme des animaux, autre fameux roman d’Orwell tout aussi dystopique.[1]

Il décrit une Grande-Bretagne postérieure à une guerre nucléaire entre l’Est et l’Ouest censée avoir eu lieu dans les années 1950, où s’est instauré un régime de type totalitaire fortement inspiré à la fois du stalinisme et de certains éléments du nazisme. La liberté d’expression en tant que telle n’existe plus. Toutes les pensées sont minutieusement surveillées, et d’immenses affiches trônent dans les rues, indiquant à tous que « Big Brother vous regarde » (Big Brother is watching you).

Situation géopolitique

L’histoire se passe à Londres, en 1984, d’où le titre du roman. Le monde, depuis les grandes guerres nucléaires des années 1950, est divisé en trois grands « blocs » : l’Océania (Amériques, Royaume-Uni, Océanie et Afrique), l’Eurasia (Europe et Russie) et l’Estasia (Chine, Inde, Mongolie, Tibet et Japon) qui sont en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ces trois grandes puissances sont dirigées par différents régimes totalitaires revendiqués comme tels : respectivement l’Angsoc (ou socialisme anglais), le néo-bolchévisme, et le culte de la mort (ou oblitération du moi). Il est à noter que tous ces partis sont présentés comme « communistes » avant leur montée au pouvoir, avant de devenir des régimes totalitaires et de reléguer les prolétaires qu’ils prétendaient défendre au bas de la pyramide sociale.

L’Angsoc

L’Angsoc, régime de l’Océania, divise le peuple en trois classes sociales : le « Parti Intérieur », classe dirigeante au pouvoir partagé, le « Parti Extérieur », travailleurs moyens, et les « prolétaires », sous-classe s’entassant dans les quartiers sales. Le chef suprême du Parti est Big Brother, visage immortel et adulé placardé sur les murs de la ville. Tous les membres du Parti sont constamment surveillés par la Police de la Pensée et chaque geste, mot ou regard est analysé au travers des « télécrans » (assemblage de deux mots comme on en trouve souvent en novlangue, ici de « télé » et de « écran ») qui balayent les moindres lieux. Winston Smith, membre du Parti extérieur, occupe un poste de rectification d’information au commissariat aux archives, dans le Ministère de la Vérité (Miniver en novlangue). Son travail consiste à supprimer toutes les traces historiques qui ne correspondent pas à l’Histoire Officielle, qui doit toujours correspondre à ce que prédit Big Brother.

En plus de l’anglais classique, langue officielle de l’Océania, l’Angsoc a créé une langue, le novlangue (newspeak en anglais). Cette langue est constituée principalement d’assemblages de mots et est soumise à une politique de réduction du vocabulaire. Le nombre de mots en novlangue diminue sans arrêt. Au début du roman, un membre du Parti Extérieur révèle que la version finale du dictionnaire novlangue était en préparation afin d’éliminer tout autre mode de pensée et idée hérétique.

Éléments réels d’inspiration

La correspondance d’Orwell indique que son projet était de lancer un avertissement contre les totalitarismes, particulièrement à une gauche britannique (dont il faisait partie) qu’il soupçonnait de complaisance envers Staline, du moins pour ce qui était de certains intellectuels comme George Bernard Shaw ou Herbert George Wells.

De nombreux éléments sont puisés dans la réalité de la fin des années 1940 qui a inspiré Orwell de manière flagrante : la description d’un Londres décrépit, avec ses cratères dus à des « bombes fusées », ses files d’attente devant les magasins, ses maisons victoriennes en ruine, ses privations de toutes sortes, évoque fortement le Londres de l’immédiat après-guerre et ses pénuries (les tickets de rationnement ont été une réalité jusqu’en 1953) sans compter les effets encore visibles des bombardements allemands (les V1 et V2). Le bâtiment qui aurait inspiré le « ministère de la Vérité » serait celui du ministère de l’Information dans le quartier Bloomsbury, Senate House, aujourd’hui propriété de l’université de Londres.

Ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue.

Winston Smith

Winston Smith, habitant de Londres en Océania, est un employé du Parti Extérieur, c’est-à-dire un membre de la « caste » intermédiaire du régime océanien : l’Angsoc (mot novlangue pour « Socialisme Anglais »). Winston officie au Ministère de la Vérité, ou Miniver en novlangue, et son travail est de falsifier les archives historiques afin qu’elles correspondent à l’idéal d’omniscience de Big Brother, figure directrice d’Océania. Ainsi, si l’Océania déclare la guerre à l’Estasia alors que deux jours avant elle était en paix avec cet État, les autres membres du Ministère de la Vérité, et notamment ceux du commissariat des archives (« Commarch » en novlangue), où travaille Winston, devront s’assurer que plus aucune trace écrite n’existe de l’ancienne alliance avec Estasia.

Il prend conscience qu’il n’a pas de pensées aussi « orthodoxes » qu’il devrait en avoir aux yeux du Parti. Susceptible d’être traqué par la Police de la Pensée, il cache ses hérésies et sa haine du Parti derrière un visage de marbre, mais implose intérieurement de révolte. Il commence à écrire un journal : il veut laisser une trace du passé et de la vérité, et comprendre le pourquoi de cette dictature. La possibilité pour Winston d’écrire un journal, notamment un journal s’interrogeant sur le bien fondé de la dictature de Big Brother, l’est par une singularité dans le plan de son appartement : un petit coin se trouve en dehors du champ de vision de son télécran, ce qui lui a permis d’y aménager un endroit non surveillé.

Rencontre avec Julia

Lors des Deux minutes de la Haine, moment rituel de la journée, pendant lequel le visage de l’« ennemi » de l’Angsoc, Emmanuel Goldstein, est diffusé sur des écrans, Winston croise Julia, une jeune femme du commissariat aux romans, membre de la ligue anti-sexe. Après avoir cru qu’elle était une espionne de la Police de la Pensée, notamment à cause du fait qu’elle semblait souvent le suivre, et même souhaité l’assassiner, Winston changera d’avis lorsqu’elle lui avouera plus tard être amoureuse de lui.

Ils s’aiment et font l’amour clandestinement dans une mansarde louée dans le quartier des prolétaires. Ils savent qu’ils seront condamnés, que tôt ou tard ils devront payer le prix de tous ces crimes envers le parti. Ils rêvent cependant d’un soulèvement, d’une résistance ; ils croient au mythe d’une Fraternité qui existerait quelque part et unirait les gens comme eux contre le Parti. C’est pourquoi ils finissent par aller à la rencontre d’O’Brian, personnage intelligent et charismatique, membre du Parti intérieur dont Winston a l’intime conviction qu’il est un partisan de la Fraternité. O’Brian leur fait parvenir « Le Livre » de Goldstein, l’ennemi du peuple et du Parti, objet de la haine et de la peur la plus intense en Océania. Il y est expliqué tous les tenants et les aboutissants des systèmes politiques et des manipulations psychologiques mis en place en Océania.

Arrestation

Avant la fin de leur lecture, Winston et Julia sont arrêtés par la Police de la Pensée et amenés au Ministère de l’Amour. Winston y retrouve O’Brien lui-même, qui n’a en fait jamais été membre de la Fraternité, bien au contraire, car il est justement chargé de traquer les « terroristes par la pensée ». O’Brian lui apprend que Winston était repéré comme peu fiable bien avant que lui même n’en prenne conscience[3].

Winston sera torturé et humilié pendant des jours et des semaines jusqu’à ce qu’il perde toutes ses convictions morales et soit prêt à accepter sincèrement n’importe quelle vérité, aussi contradictoire soit-elle (2 et 2 font 5), pourvu qu’elle émane du Parti[4] .

Sa rééducation se finit lorsque mis devant sa terreur la plus forte (des rats), il trahit Julia et la renie[5] .

On apprend enfin que le « Livre » de Goldstein est en vérité une création du Parti Intérieur, qui sont les véritables dirigeants de l’Océania, et qu’Emmanuel Goldstein est une figure allégorique au même titre que Big Brother.

L’échec de Winston

Relaché, Winston n’est plus qu’une épave vide de sentiments et de dignité, passant sa vie au bistro. Par hasard il revoit Julia, qui elle aussi l’a renié sous la torture et cette trahison mutuelle a rompu leur attachement[6] .

Un jour, où pendant la guerre nécessaire et incessante qui oppose les 3 blocs totalitaires, la propagande prétend qu’une nouvelle brillante victoire aurait retourné magistralement une situation très compromise, il devient un admirateur béat de Big Brother .

1984 s’inspire d’un ouvrage de l’écrivain russe Ievgueni Zamiatine intitulé Nous Autres et paru en 1920, lui aussi donne la description d’une contre-utopie totalitaire.

Contexte

Parabole du despotisme moderne, conte philosophique sur le pire XXe siècle, le totalitarisme orwellien est très clairement inspiré du système soviétique, avec son Parti unique, son chef tutélaire objet d’un culte de la personnalité, son régime d’assemblée, sa confusion des pouvoirs, ses plans de productions triennaux, son militarisme de patronage, ses parades et manifestations « spontanées », ses files d’attentes, ses slogans, ses camps de rééducation, ses confessions publiques « à la moscovite » et ses affiches géantes. On peut aussi y voir des emprunts au nazisme et au fascisme.

Orwell était et restait un homme de gauche d’une absolue sincérité. Avant 1984, il avait par exemple publié sur les foyers ouvriers misérables dans le Yorkshire ou les chômeurs de Middlesbrough (Le Quai de Wigan). Mais c’était un socialiste « de terrain » . Si la droite conservatrice lui inspirait du mépris, il était fort exigeant à l’égard de la gauche. Il avait ainsi cruellement raillé dans un de ses premiers romans (Et vive l’aspidistra !, à travers le personnage ridicule de Ravelston) une certaine « gauche » fort loin de la réalité sociale et matérielle du monde ouvrier. Il craignait autant la « gauche morale » satisfaite, qu’il soupçonnait de faire le lit du totalitarisme (à travers le conférencier « anti-Hitler » ridicule de Encore un peu d’air frais) dès 1938. Enfin, il détestait les communistes, a fortiori « de salon », et méprisait par exemple Jean-Paul Sartre. La misère matérielle restait pour lui la misère matérielle, que le « Parti » soit au pouvoir ou que ce soient les « capitalistes ». Il n’y a aucun doute donc, contrairement à ce que l’on croit parfois, sur ses convictions socialistes très profondément anti-autoritaires[7], et Orwell acceptait mal d’être récupéré par la droite, ce qui a été surtout le fait de l’accueil nord-américain de 1984.

Certaines invraisemblances évidentes de 1984, elles aussi, sont un reflet des inquiétudes d’Orwell : dans le roman, les États-Unis sont censés faire eux aussi partie de l’Océania (qui regroupe en fait les pays anglo-saxons – voir carte). Orwell voyait dans les États-Unis, un peu à la manière des « temps modernes » de Chaplin, la quintessence du monde moderne technomaniaque qui est aussi l’un des avertissements de 1984.

Par ailleurs, la thèse qu’Orwell expose à travers le manifeste du « traître » Emmanuel Goldstein (Du collectivisme oligarchique) suppose que le pouvoir peut employer la misère à des fins politiques : Goldstein attribue les pénuries sévissant sous l’« angsoc » à une stratégie délibérée du pouvoir plutôt qu’à un échec économique.

Certaines personnes ayant vécu sous un régime stalinien[réf. nécessaire], comme l’ancien dissident Alexandre Zinoviev, s’accordent pour saluer l’intuition des mécanismes politiques et psychologiques de ce type de régime dont fait preuve Orwell.

Thèmes de 1984

De nombreuses idées d’Orwell dans 1984 sont devenues des archétypes, voire des poncifs.

Trucage de l’Histoire et propagande

Le Parti a la mainmise sur les archives et fait accepter sa propre vérité historique en la truquant ; il pratique la désinformation et le lavage de cerveau pour asseoir le régime. Il fait aussi disparaître des personnes qui lui deviennent trop encombrantes et modifie leur passé, ou les fait passer, faux témoignages des intéressés à l’appui, pour des traîtres, des espions ou des saboteurs. C’est le principe de la « mutabilité du passé ».

« Qui détient le passé détient l’avenir. »

Une réelle question philosophique apparaît derrière l’action du Parti : la théorie du Parti est que le passé n’existe pas en soi. Il n’est qu’un souvenir dans les esprits humains. Le monde n’existe qu’à travers la pensée humaine et n’a pas de réalité absolue. Ainsi, si Winston est le seul homme à se souvenir que l’Océania a été une semaine plus tôt en guerre contre l’Eurasia et non contre l’Estasia, c’est lui qui est fou et non les autres. Pourtant le fait est réel, mais seulement dans la mémoire de Winston. Le Parti impose une gymnastique de l’esprit aux hommes (appelé « doublepensée » en novlangue): il faut assimiler tous les faits que le Parti leur jette, et surtout d’oublier qu’il en a été autrement. Plus fort encore, il faut oublier le fait d’avoir oublié…

Big Brother et Télécrans

Article détaillé : Big Brother.

Au domicile et sur les lieux de travail des membres du Parti, ainsi que dans les lieux publics, sont disposés des « télécrans », système de vidéo-surveillance et de télévision qui diffusent en permanence les messages du Parti et surveillent simultanément. Les télécrans permettent à la police de la Pensée d’entendre et de voir ce qui se fait dans chaque pièce où s’en trouve un. Seuls les membres du parti intérieur peuvent arrêter le télécran qui se trouve à leur domicile pendant une courte période. On peut rapprocher le télé écran des écrans géants de télévision interactive qui peuplent les murs des maisons dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1953). Allumés en permanence, ils abrutissent la population, puisque les livres et le développement de l’imaginaire sont interdits par la loi. Les pompiers pyromanes sont d’ailleurs chargés de brûler les livres et de pourchasser les asociaux.

Orwell a, si l’on peut dire, manifestement sauté sur une innovation qui faisait débat à l’époque: la télévision, dont le nom était en lui-même tout un programme. La confusion entre récepteur et caméra était, en outre, une inquiétude répandue aux débuts de la télévision, certaines des rares personnes équipées se croyant surveillées par l’appareil. Une trace de cette angoisse se voit dans Les Temps modernes de Charlie Chaplin : Charlot est rappelé à l’ordre par l’écran géant où apparaît son patron, qui le « voit » à travers et le suit des yeux. On peut encore déceler un écho de cette idée dans 2001 : l’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, ou l’ordinateur Hal 9000 surveille en permanence le vaisseau spatial et ses passagers par ses innombrables et inquiétants objectifs de caméra rougeâtres. Et il va sans dire que les habitants de la terrifiante ville souterraine de THX 1138, de George Lucas, sont surveillés en permanence dans leur moindres faits et gestes.

Il est remarquable que le pays de George Orwell, la Grande-Bretagne, soit aujourd’hui le plus densément équipé en réseaux de télésurveillance : on compterait une caméra pour 15 habitants.

Destruction du sens logique

Le « sens logique » des assujettis au régime est altéré. En novlangue, par exemple, un même mot comme « canelangue » peut avoir un sens laudatif s’il est appliqué à un membre du parti ou péjoratif s’il est appliqué à un ennemi du Parti. Il devient donc impossible de l’utiliser pour dire du mal d’un membre du Parti. La population est abreuvée de slogans comme :

  • « La guerre, c’est la paix. »
  • « La liberté, c’est l’esclavage. »
  • « L’ignorance, c’est la force. »
  • « 2 + 2 = 5 » (à ce slogan, Winston réagit sur son journal en déclarant : « La liberté, c’est le pouvoir de dire que deux plus deux égalent quatre. »)

Bouc émissaire et manifestations de haine collective

L’ensemble des maux qui frappent la société est attribué à un opposant, le « Traître Emmanuel Goldstein », dont le nom et la description physique ressemblent beaucoup à Lev Bronstein alias Léon Trotsky. Ce traître est l’objet de séances d’hystérie collective obligatoires, les « deux minutes de la haine ».

Ce Goldstein peut aussi être considéré, tout comme Big Brother, comme une allégorie immortelle. En l’occurence une personnification du mal, de la déviation par rapport au parti. On pense évidemment à l’« Ennemi du Peuple » dont se servait Staline, dont le régime totalitaire aura largement inspiré le roman dans son ensemble.

Appauvrissement planifié de la langue

Le novlangue fait l’objet d’appauvrissements planifiés dont le but est de rendre impossible l’expression et la formulation de pensées subversives. Bien qu’il soit toujours possible de dire que les décisions du Parti sont mauvaises, il sera impossible d’argumenter sur cela. De plus, les mots novlangues comportant peu de syllabes, afin d’être plus rapidement prononcés, sont conçus pour être prononcés sans réflexion et afin d’anéantir l’affect et la connaissance intuitive des mots. À l’époque où est censé se passer le roman, le novlangue constitue encore une nouveauté, qui coexiste tant bien que mal avec l’anglais classique. Le langage en est réduit à une fonction informative.

Embrigadement des enfants

Pour avoir plein pouvoir sur les familles, les enfants sont endoctrinés très jeunes. On les encourage à dénoncer leurs parents au moindre symptôme de « manque d’orthodoxie ».

On pourrait rapprocher ce comportement avec celui des enfants sous le régime fasciste italien ou dans le système soviétique, qui récompensait les jeunes qui dénonçaient leurs parents et avait fondé un véritable culte national autour du jeune mouchard Pavel Morozov.

Source : Wikipedia

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